AMAÏ

 

L’univers musical d’AMAÏ, le premier EP d’Agsila, qui fait partie de la nouvelle génération montante de l’afro jazz sénégalais, est épuré, émouvant et authentique. Ses textes conscients et poétiques, nourris d’amour, de générosité, de compassion, d’unité,  de courage, chantés dans diverses langues africaines, émaillées de français et d’anglais, universels, touchent juste, sans misérabilisme.  De sa voix mezzo-soprano, pure, puissante et délicate, habitée d’une dignité, et d’une élégance rare, Agsila distille ses mélodies intemporelles avec une belle énergie, en s’accompagnant à la guitare. Dans l’’EP Amaï, elle a réunit les thèmes qui lui sont chers et ses principales inspirations musicales dans un métissage harmonieux.

Le titre éponyme de l’opus, Amaï, évoque la condition des femmes, une des préoccupations centrales d’Agsila, par l’histoire d’une femme qui, abandonnée par son mari, cultive la terre pour nourrir sa ses enfants. Cet extrait du spectacle Agsila, femme d’Afrique, plaidoyer nourri de compassion, d’amour, sur une musique alliant guitare jazzy et flûte peule, est un hommage émouvant à l’endurance des femmes d’Afrique, particulièrement en milieux rural. Loin d’être une complainte, Amaï diffuse le courage et l’espoir, tout comme Simba, qui, empruntant à la forme du conte, pointe les différences sociales liées au système des castes au Sénégal. Le rythme et la mélodie entraînante soulignent que Simba est surtout un encouragement à ne pas se laisser écraser par des conventions, des jugements, des différences décrété par les plus puissants au détriment des plus faibles. «  Les faibles sont brimés, utilisés et rejetés par différents types de ségrégations, dans le monde entier.  Au Sénégal les castes donnent le droit à certains de  se valoriser plus que les autres qu’ils n’hésitent pas à rabaisser ». Agsila met justement en lumière dans ses morceaux que le plus faible n’est pas forcément celui que l’on croit. La force est intérieure. Ces femmes africaines courbées toute la journée dans les champs,  sous un soleil écrasant, ces populations démunies, sont, en fait, des héros.  Ils survivent malgré tout et ne flanchent pas. Au lieu d’être méprisés, ne devraient-ils pas plutôt être admirés ?

Agsila, alors que les conflits ravagent le continent, pose une problématique plus globale, dans Tee noo Mbolo, autour d’une interrogation cruciale : pourquoi l’Afrique ne peut-elle pas être unie ? Cet appel à l’unité, en lingala, wolof, et français, balade pleine d’espoir, «  presque une  prière », rythmé par des percussions traditionnelles, auxquelles répondent guitares acoustique et électriques, s’inspire des rumba romantiques congolaises. Cette union africaine tant souhaitée, qui finit par sembler utopique, n’est-elle pas finalement comme une histoire d’amour, avec ses coups de foudres, ses déchirements, ses espoirs fous ?

L’amour…qu’Agsila  croit si fort et puissant, capable d’annihiler la distance, les différences, comme elle l’affirme tendrement dans Evumulu, (le vent de l’amour), le morceau le plus intime de cet opus. Chanté en bulu (Cameroun),  wolof et  anglais,  cette vibrante déclaration proclame que  «  l’amour est universel et va au-delà de l’espace géographique, culturel, etc. Mon expérience dans ce sentiment m’a fait comprendre d’autres niveaux de sensations qui n’ont rien à voir avec le toucher. Un amour véritable nous met en connexion permanente et spirituelle avec l’être aimé à des milliers de kilomètres. Ce qu’on appelle communément, télépathie, je l’appelle « le vent de l’amour ».

 

Amaï, au travers de ces quatre titres forts et originaux, tant musicalement que par le point de vue développé par cette jeune chanteuse sénégalaise  prometteuse, est à l’image de la Terranga, cet esprit de tolérance et  d’hospitalité érigé en valeur nationale,  dans lequel elle a été éduquée, et a évolué. Les mélodies d’Agsila accueillent, aiment, soutiennent, donnent courage. En cela elle représente dignement les valeurs fondatrices d’une Afrique qui possède déjà en elle, dans ses propres racines,  les remèdes de ses maux.

Agsila, dans ce voyage musical conscient, vision positive d’une Afrique variée, autant ancrée dans ses traditions, proche de la nature, que moderne, tournée vers l’avenir et ambitieuse, propose sa vision d’une Afrique fière, combative, où tout est possible, même le meilleur.

 

Laure Malécot

 

 

  

 

AMAI

 

CLIP OFFICIEL : AMAÏ

(traduction du wolof)

 

Amaï,  Amaï c’est mon nom,

Ma main droite rugueuse,

L’écharde dans mon pied gauche,

La sueur du front dans les yeux.

Travailler la terre pour nourrir ma case

Travailler la terre pour nourrir ma case…

Cultive tes terres, femme

Amaï, Amaï c’est  tous les jours

Une oreille dans la forêt

L’autre dans la marmite

Le chant de l’abeille berçant mon enfant

Travailler la terre pour nourrir ma case

Travailler la terre pour nourrir ma case…

Cultive tes terres, femme

Je vie ce que la tradition m’a apprise

La femme est égale de l’homme

Je cultive la terre

Et je nourri mes enfants

Mon mari m’a abandonné

Mais tout va bien

Le champ, c’est ma Force

 

Extrait du spectacle AGSILA FEMME D’AFRIQUE, théâtre musical.

Texte : Agsila et Hervé Breuil / Mise en scène et vidéo : Hervé Breuil

Composition et chant : Agsila

AGSILA FEMME D’AFRIQUE, spectacle original sur le féminisme Africain, appel les femmes à d’intimes révélations. A travers les confidences chaleureuses d’une marchande de rubans au Sénégal, sont racontés des destins de femmes victimes de sexisme, de racisme et de maltraitance. Les vidéos poétiques du metteur en scène Hervé Breuil illustrent les 7 personnages féminins : Amaï, ses 5 filles, et la bergère. Agsila y revendique l’authenticité africaine et se présente en bergère Peulh. Ses textes féministes s’inscrivent dans l’évolution de la société traditionnelle vers la modernité.

 

 

SIMBA

(Traduction du wolof)

  

                      

Simba 

Le roi de la brousse a perdu son fils.

Gainde Ndiaye le lion est inquiet.

Maman lionne aussi est inquiete

Le prince a disparu

Attachez les peaux faites résonner dans toute la brousse

Le prince a disparu

Le vieux Ibou (chouette) est venu consulté les cauris;

Le roi de la brousse a perdu son fils

La mère lionne a réuni toutes les femelles de la brousse.

Le prince a disparu

La brousse paniquée soulève de leurs pieds lourds la poussière

Qui monte dans le ciel orageux

Le roi a perdu son fils

 Pourtant

Ce n’est même pas loin encore le jour ou  le fils du Lapin a disparu

On dirait que les soucis de Papa Lapin n’intéressent personne dans cette brousse,

parce-que Monsieur Lapin est considéré comme un pauvre sans importance ni statut social

Alors est-ce un tort d’être pauvre ?

 

 

TEE NOO BOOLO  (Unissons-nous)

(Traduction du Lingala et du wolof)

 

Africa pourquoi pouvons nous pas  nous unir ?

Nous sommes conçus dans les mêmes entrailles

Alors pourquoi est ce si difficile de s’unir ?

Unissons nous

Unissons notre intelligence pour ne plus subir la manipulation

On a beau dire mondialisation

Mais l’Afrique avec tous sauf elle-même

OH quelle oh Zambe aidez notre peuple

Pourquoi sommes nous incapable de nous unir

avec l’esclavage  

Comme Jacob été vendu par les siens, nous avons fait de même avec l’esclavage

OOh Seigneur aidez nous

Ooh seigneur pitié

Pourquoi ne sommes-nous pas capables de nous entendre ?

 

 

EVUMULU (le vent de l’amour)

 

Je t’ai attendu longtemps

Toi tu m’as cherché partout

On est si loin et différent

Mais le vent de l’amour a soufflé

Je t’ai senti et mon cœur t’a appelé

Tu es venu et ton étreint fond mon âme en toi

j’ai tant cherché en vain

j’ai creusé tous les sols

j’étais sur le point d’abandonner

Là j’ai entendu la voix de ton coeur

Le vent de l’amour souffla si fort

et le pont se brise et tombe

Le vent de l’amour a soufflé si fort que le pont se brisa au cœur

je t’ai attendu longtemps

Toi tu m’as cherché partout

tu as traversé le pont et  tu es la

Je t’ai senti et mon cœur t’a appelé

Tu es venu et ton étreint fond mon âme en toi

j’ai envoyé le vent et les oiseaux

j’ai pas besoin de paroles pour t’appeler

tu n’a besoin ni d’oreilles ni de yeux pour m’entendre

tu m’a senti tu a traversé les mers et les fleuves

Car le vent de l’amour

T’a soufflé mon amour

 

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